Cet ouvrage a été publié à l'occasion de l'événement «Pont de communication entre les cultures chinoise et canadienne – Échange et partage sur la méthode d'enseignement et d'apprentissage pratique de la calligraphie par la professeure Ngan Siu Mui», tenu en novembre 2025 au Centre d'innovation pour les Chinois d'outre-mer de Taishan, en Chine. L'activité a été organisée et financée par le Comité des affaires étrangères et des Chinois d'outre-mer de la ville de Taishan et l'Association des amitiés internationales de Taishan. L'auteur tient à exprimer sa sincère gratitude aux autorités concernées et aux personnes de bonne volonté pour leur précieux soutien.
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À l'échelle mondiale, les Chinois sont nombreux à avoir obtenu des réussites exceptionnelles dans le domaine des arts occidentaux. En revanche, les Occidentaux qui maîtrisent véritablement l'art de la calligraphie chinoise sont rares. La calligraphie n'est pas encore devenue un Arts linguistiques universellement partagé.
Établi à l’étranger depuis près de quarante ans, je me consacre à l’art de la peinture et de la calligraphie chinoises. Faire rayonner la calligraphie a toujours été ma mission. La plupart de mes élèves sont étrangers, et les méthodes d’enseignement traditionnelles leur paraissent souvent fastidieuses. Pour permettre à ces amateurs d’art ne connaissant pas les caractères chinois, ainsi qu’aux jeunes générations d’origine chinoise, de saisir la subtilité de la calligraphie et de les guider vers une pratique assidue de la copie des modèles plutôt que vers une création précipitée, j’ai déployé de grands efforts. Heureusement, l’enseignement est un échange : face à de nombreuses questions, j’ai peu à peu appris à m’appuyer sur des phénomènes de la vie courante pour expliquer le lien entre les techniques calligraphiques et les mouvements du corps, rendant ainsi des règles abstraites proches et sensibles.
Parmi les étudiants asiatiques, il en est souvent qui sont pressés d’obtenir des résultats, persuadés qu’ils pourront réaliser des progrès en quelques mois, ou qui considèrent la calligraphie comme un petit art que l’on peut maîtriser par soi-même. Les étudiants étrangers, quant à eux, se montrent généralement plus humbles et appliqués. La plupart des étudiants asiatiques se contentent d’une forme écrite soignée, ce qui leur permet de progresser rapidement au début. En revanche, les étudiants étrangers ne cessent de poser des questions et font preuve d’une créativité constante ; dans la perception des formes et la compréhension de la conscience abstraite, ils manifestent souvent une capacité de pénétration plus forte.
Ce livret partage les réflexions mon haut niveau disciple et cher ami, Jean-Yves Pelletier. Ce professeur de mathématiques occidental, âgé aujourd’hui de soixante ans et ne connaissant pas les caractères chinois, s’est pourtant résolument engagé dans l’art de la calligraphie chinoise. Non seulement il a franchi les barrières linguistiques et culturelles, mais il a également réinterprété, grâce à son parcours de vie singulier et à sa formation académique, la logique interne de la calligraphie. Je lui ai donné le nom chinois 【柏钟义】. 【柏】 reprend le son initial de son nom de famille et évoque la persévérance et la pérennité ; 【钟义】 est proche phonétiquement de son prénom et incarne l’idée d’être « fidèle à la justice » (钟于正义). Comme le disait Liu Xizai dans son Aperçu général de l’art sous les Qing : « La nature du pinceau et l’âme de l’encre prennent toutes deux racine dans le tempérament de celui qui les manie. » Jean-Yves n’aborde pas la calligraphie par curiosité superficielle ou par désir de suivre une mode, mais la considère comme une pratique profonde de la vie. Il a appris le tango argentin et le piano en amateur pendant plus de trente ans, et a participé personnellement à la construction de bateaux et de bâtiments. Tout ce qu’il entreprend, il le fait avec calme et concentration, en l’expérimentant pleinement avec son corps. C’est précisément cette vaste accumulation d’expériences de vie qui lui permet d’intégrer naturellement dans sa compréhension de la calligraphie la rigueur des mathématiques, le dynamisme de la danse, le rythme de la musique et la mécanique de l’ingénierie.
"Le mathématicien, comme le peintre ou le poète, est un créateur de formes. Et s’il en est ainsi, c’est que ses formes sont plus durables, car elles sont faites d’idées." Cette affirmation du mathématicien britannique Godfrey Harold Hardy (1877-1947) peut justement servir à éclairer la démarche calligraphique de Jean-Yves. Il excelle à déchiffrer les principes de composition des caractères à travers la division spatiale et l’équilibre géométrique, et interprète également le rythme de l’attaque et de la retraite de la pointe du pinceau à l’aide de modèles mécaniques.
Fort de près de quarante années d'expérience dans l'enseignement à l'étranger et inspiré par la philosophie de M. Pelletier, j'ai rédigé Premiers pas dans la calligraphie : 《Premiers pas dans la calligraphie : un guide interdisciplinaire pour débutants》 et 《Dialogue interartistique entre la calligraphie chinoise et le tango argentin》. Ces ouvrages visent à offrir une interprétation accessible des théories calligraphiques traditionnelles, en recourant à un langage clair, à des principes mathématiques et mécaniques simples, ainsi qu'à des références du quotidien. Leur objectif est d'explorer une voie d'apprentissage de la calligraphie plus facile à comprendre et à maîtriser.
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Né à Montréal, dans la province de Québec au Canada, il est professeur de mathématiques au Collège Bois de Boulogne. D’une existence tout entière marquée par la passion, la sagacité et l’élégance, il a accompli des réalisations exceptionnelles dans de multiples domaines : les mathématiques, la calligraphie, la danse, la musique, la navigation et la construction. Depuis l’an 2000, il étudie la calligraphie sous la direction de Ngan Siu Mui et occupe depuis longtemps le rôle de son assistant, se consacrant à la transmission et à la pratique de l’art calligraphique chinois à l’étranger, devenant ainsi un pont important des échanges culturels entre la Chine et le Canada. Voici un aperçu de ses principales activités culturelles :
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L’immensité et la beauté nous envahit lorsque, par une nuit noire d’encre, nous levons les yeux au firmament et laissons l’infinité de formes et de compositions des astres célestes nous émouvoir par leur inhérente harmonie. La calligraphie chinoise exerce une fascination analogue de par l’infinité de formes et de compositions qu’elle nous offre. Une grande oeuvre canalise cette multitude en un tout harmonieux. Depuis plusieurs années, sous la direction de mon maître Ngan Siu-Mui, j’ai le bonheur de prendre un pinceau, le tremper dans l’encre noire et de tenter de créer un peu de beauté sur la feuille blanche. C’est un aliment pour mon âme.
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À travers une pratique et un apprentissage continus de l'art calligraphique, le créateur ne cultive pas seulement sa sensibilité esthétique, mais assimile également, de manière subtile et progressive, la dimension mathématique inhérente à la structure des caractères ainsi que les principes mécaniques régissant le maniement du pinceau. Bien que cette conscience soit ancrée depuis longtemps dans les théories calligraphiques traditionnelles, elle n'a jamais été pleinement mise en lumière, en raison d'une absence d'explication systématique et de la polysémie persistante des termes employés. En réalité, si la calligraphie semble mue par l'émotion et l'intuition artistique, elle est en vérité traversée de part en part par une logique mathématique rigoureuse et des principes mécaniques d'une grande finesse. Les techniques fondamentales qui en découlent sont présentées ci-après:
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La calligraphie et le tango argentin, l'une dans la quiétude, l'autre dans le mouvement, l'une à l'Est, l'autre à l'Ouest — deux arts en apparence sans aucun lien, révèlent pourtant des similitudes frappantes dans leur essence esthétique et leur mode d'expression. La calligraphie, prenant le pinceau, l’encre, le papier et la pierre à encre comme médiums, crée sur un plan bidimensionnel un art de la combinaison linéaire en trois dimensions, à travers les mouvements d’élévation, d’appui, de pause et de rupture du pinceau, ainsi que les variations de densité, de sécheresse et d’humidité de l’encre. Le tango, quant à lui, prend les jambes pour pinceau et la scène pour papier, tissant une chorégraphie au fil de la musique par les avancées, reculs, tournants des pas et les tensions, relâchements, expansions et contractions du corps.
Tous deux privilégient le contrôle de la force. La retenue et l'intériorité des techniques calligraphiques telles que [dissimuler la pointe] (藏锋) et [retour de pointe] (回锋)sont à l'image du danseur de tango qui, par une légère inclinaison du corps ou un retard calculé du pas, accumule l'énergie avant de la libérer. De même, la résistance rugueuse créée par le [pinceau retenu] dans le mouvement de l'écriture résonne avec la [Pinceau retardatrice] (留笔) que produit le frottement des pieds du danseur contre le sol — les deux expriment une retenue au sein du flux, une tension née du délai. Aucun des deux arts ne se réduit à une accumulation de techniques ; ils fusionnent avec précision émotion, rythme et maîtrise, se condensant en un art du mouvement inscrit dans chaque trait de pinceau ou chaque tour de pas. Cette philosophie artistique de la retenue dans le flux et de l'accumulation d'énergie dans la pause permet aux deux pratiques, malgré la distance temporelle, spatiale et culturelle, d'illustrer conjointement le principe universel selon lequel [le mouvement et la quiétude s’engendrent, la fermeté et la douceur se complètent] (动静相生、刚柔并济). Bien que techniquement exigeants, aucun des deux arts ne requiert de capacités physiques exceptionnelles, les rendant accessibles à tous, jeunes et moins jeunes. Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à voir un enfant manier le pinceau avec une maladresse pleine de sincérité, ou une personne âgée se laisser porter avec grâce par les pas de la danse.
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Calligraphie ~ Beauté dynamique [Le mouvement qui apparaît dans la quiétude]
Tango ~ Beauté statique [la quiétude apparaît dans le mouvement]
Les danseurs de tango modifient sans cesse leur posture corporelle.
Il faut donner une sensation de centre de gravité stable, tout en offrant un espace où le corps cède et s'adapte avec justesse.
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Tout comme
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En calligraphie, la structure de chaque caractère doit avoir un centre de gravité stable,
tandis que la répartition des traits et des points doit être harmonieuse et ordonnée.
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顏 小 梅 (Ngan Siu-Mui) — 2004